
La recherche, l’innovation et leur impact sur les populations ont été au cœur des travaux de la Conférence des recteurs et directeurs d’établissements d’enseignement supérieur de l’Afrique de l’Ouest. La rencontre a réuni des responsables universitaires, des chercheurs et des entrepreneurs autour d’un même enjeu : renforcer le rôle des universités dans le développement des sociétés ouest-africaines.
Les échanges ont notamment porté sur la nécessité de rapprocher davantage la recherche des besoins concrets des populations et de favoriser le transfert des connaissances vers les secteurs économiques et sociaux.
Charlemagne Babatoundé Igue prend la présidence
La rencontre a également été marquée par le renouvellement du bureau de la Conférence des recteurs et directeurs d’établissements de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) pour l’Afrique de l’Ouest.
À l’issue des travaux, Charlemagne Babatoundé Igue, économiste de formation et directeur de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin, a été désigné président de l’instance.
Réagissant à sa nomination, il a exprimé sa reconnaissance envers ses pairs et estimé que cette confiance constitue également une reconnaissance pour l’Université d’Abomey-Calavi.
Vers une souveraineté scientifique africaine
Pour le nouveau président, cette responsabilité intervient dans un contexte où les universités africaines sont appelées à jouer un rôle accru dans la construction d’une souveraineté scientifique.
L’objectif est notamment de permettre aux établissements d’enseignement supérieur de mieux répondre aux problématiques de leurs territoires. Pour Charlemagne Igue, la recherche ne doit pas rester limitée aux laboratoires et aux publications scientifiques : ses résultats doivent pouvoir être transférés vers la société et contribuer à résoudre des problèmes concrets.
« L’université, ce n’est pas que la formation », a-t-il rappelé, en soulignant le rôle des unités de formation et de recherche, des laboratoires et des centres spécialisés dans la production de connaissances.
Il reconnaît toutefois les difficultés rencontrées pendant longtemps par les universités francophones pour transformer les résultats de la recherche en solutions directement utilisables par les populations. Selon lui, cette situation évolue progressivement, notamment grâce aux dispositifs d’accompagnement mis en place avec l’AUF.
Accompagner le passage de la recherche à l’innovation
Cette volonté de rapprocher la recherche de la société s’est également retrouvée dans les échanges consacrés aux parcours des innovations et à l’accompagnement des entreprises.
Le professeur Sidy Mohamed Seck, enseignant-chercheur à l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis, a insisté sur la nécessité d’accompagner les chercheurs et les innovateurs dans le passage de l’idée à la mise sur le marché.
« L’innovation a toujours besoin d’être encadrée, d’être accompagnée », explique-t-il.
Selon lui, le parcours entre une idée et sa transformation en produit ou service commercialisable peut être long. Il nécessite notamment l’intervention d’incubateurs, de plateformes spécialisées et d’autres structures d’accompagnement.
Les innovations dans le domaine des produits de santé
Parmi les dispositifs évoqués figure notamment la plateforme Valmetra, qui accompagne des projets liés aux médicaments et aux produits à base de plantes.
La sélection des projets prend en compte plusieurs critères, notamment la pertinence de l’innovation, sa qualité et son niveau de maturité. L’objectif est d’accompagner des initiatives susceptibles d’apporter des réponses à des problématiques concrètes, notamment dans le domaine de la santé.
Des produits locaux issus de la recherche et de l’innovation
Parmi les projets présentés figure également celui de Mireille Acubia, promotrice de la marque MIA, spécialisée dans les produits à base de dattes, dont un substitut au sucre raffiné.
La promotrice présente son initiative comme une réponse à certains besoins alimentaires des consommateurs africains. Son ambition est de développer des produits locaux susceptibles de proposer des alternatives adaptées aux réalités du marché.
Le projet est notamment parti d’une réflexion sur les effets associés, selon elle, à une consommation excessive de sucre raffiné. Elle souhaite ainsi proposer un produit naturel destiné à sucrer les aliments tout en apportant des éléments nutritifs.
La promotrice souligne toutefois que des études complémentaires restent nécessaires afin de consolider les données scientifiques relatives au produit.
Le financement, un défi pour changer d’échelle
Mireille Acubia ambitionne désormais d’élargir la diffusion de son produit au-delà du marché national et de conquérir d’autres marchés africains et internationaux.
Pour franchir cette étape, le financement demeure cependant l’un des principaux défis. Elle explique avoir acquis des compétences techniques grâce au projet Varioa et bénéficié d’un premier accompagnement, mais estime que des ressources supplémentaires sont nécessaires pour augmenter les capacités de production et développer la commercialisation.
Elle indique par ailleurs ne pas encore avoir bénéficié d’un accompagnement de l’État, tout en se disant ouverte à de nouveaux partenariats.
Faire de l’université un moteur du développement
À travers les différents témoignages, un même enjeu se dessine : renforcer le lien entre formation, recherche, innovation, entrepreneuriat et développement.
La formation reste au cœur de la mission universitaire, mais les responsables et chercheurs souhaitent également faire des établissements d’enseignement supérieur des espaces capables de produire des connaissances et de contribuer à leur transformation en solutions concrètes.
Pour l’Afrique de l’Ouest, la souveraineté scientifique passe ainsi non seulement par la production de connaissances, mais aussi par la capacité à valoriser ces connaissances, accompagner les innovations et répondre aux besoins des populations.




