Économie des soins au Sénégal : un travail invisible évalué à 17,5 % du PIB

Le ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, en partenariat avec le Consortium régional pour la recherche en économie générationnelle (CREG), l’UNFPA et le Centre africain de recherche en population et santé, a procédé à l’ouverture de l’atelier national de présentation des rapports du Sénégal sur l’économie des soins et l’autonomisation des femmes.

Présidant la cérémonie au nom de la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, la directrice de la planification et des études a souligné l’importance stratégique de ces travaux pour mieux intégrer l’économie des soins dans les politiques publiques et les stratégies de développement du pays.

Une contribution majeure mais peu reconnue
Selon les résultats des études présentées, le travail domestique et de soins non rémunéré représente 17,5 % du Produit intérieur brut (PIB) du Sénégal. Cette contribution équivaut à 96,5 % de la valeur ajoutée du secteur primaire, 64,3 % du secteur secondaire et 32 % du secteur tertiaire.

Les recherches mettent en lumière l’importance des tâches quotidiennes assurées principalement par les femmes:préparation des repas, entretien du foyer, prise en charge des enfants, des personnes âgées, des personnes vivant avec un handicap ou malades, collecte de l’eau et du bois de chauffe, entre autres.
« Sans ces activités, aucune économie ne pourrait fonctionner », a rappelé la représentante du ministère, estimant que cette richesse invisible constitue un pilier essentiel du développement économique et social.

Une charge qui pèse essentiellement sur les femmes
Les données révèlent que 90 % des femmes participent quotidiennement à des activités de soins non rémunérées, contre 54 % des hommes. Les femmes consacrent en moyenne près de cinq heures par jour à ces tâches, tandis que les hommes y consacrent environ deux heures.
Cette répartition inégale du temps a des conséquences directes sur l’accès des femmes au marché du travail. Le taux d’activité des femmes est de 47,7 %, contre 68,7 % chez les hommes. Le chômage touche également davantage les femmes, avec un taux de 32,9 % contre 11,8 % pour les hommes.

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Les études indiquent par ailleurs que près de 44 % des jeunes femmes sénégalaises ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, illustrant les obstacles persistants à leur autonomisation économique.

Investir dans l’économie des soins pour accélérer le développement
Pour les autorités, l’économie des soins constitue un levier majeur de création d’emplois, de réduction de la pauvreté et de promotion de l’égalité entre les sexes.

Les investissements attendus concernent notamment l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux énergies propres, aux infrastructures sociales, aux structures de développement de la petite enfance, aux services de santé et à la protection sociale.
Des progrès ont déjà été enregistrés. L’accès à une source améliorée d’eau potable est passé de 86,2 % des ménages en 2019 à près de 94 % en 2023, contribuant à alléger certaines tâches domestiques, particulièrement en milieu rural.

Une feuille de route en préparation
Face à une population de plus de 18 millions d’habitants dont la moitié a moins de 19 ans, et avec plus de 3,1 millions de personnes nécessitant quotidiennement des soins – jeunes enfants ou personnes âgées, les participants ont insisté sur l’urgence de mettre en place des mécanismes durables de valorisation de l’économie des soins.

Le gouvernement entend ainsi renforcer la reconnaissance de la valeur économique du travail de soins, réduire la charge excessive supportée par les femmes, promouvoir un partage plus équitable des responsabilités familiales et développer des services de soins accessibles et de qualité.

Les conclusions de l’atelier devront alimenter une feuille de route nationale destinée à faire de l’économie des soins un pilier du développement du Sénégal.

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Les femmes travailleuses plaident pour des mesures concrètes
Présidente du Réseau national des femmes travailleuses du Sénégal, Fatoumata Bintou Diafa a insisté sur la nécessité de traduire les résultats des études en actions concrètes.

Elle a notamment salué les avancées prévues dans le nouveau Code du travail, qui renforce les protections liées à la maternité et améliore les droits des travailleuses domestiques. Elle a également plaidé pour la multiplication des crèches communautaires afin de faciliter la conciliation entre vie familiale et activité professionnelle.
Selon elle, les femmes du secteur informel, qui représentent plus de 80 % des travailleuses, doivent également bénéficier d’un meilleur accès à la protection sociale et à la couverture sanitaire.
« Les crèches, la protection sociale et le travail décent sont des leviers essentiels pour l’autonomisation économique des femmes », a-t-elle déclaré, appelant à une adoption rapide du nouveau Code du travail jugé particulièrement favorable aux droits des femmes.

Au terme des travaux, les différents ministères, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de la société civile devraient définir ensemble des orientations stratégiques pour mieux intégrer l’économie des soins dans les politiques publiques et renforcer l’autonomisation des femmes au Sénégal.

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