
le Sénégal franchit une nouvelle étape dans sa transition énergétique. Réunis à Dakar, les acteurs publics, privés et les partenaires techniques ont validé la feuille de route nationale pour la gestion durable des déchets issus des équipements solaires en fin de vie. Un enjeu environnemental majeur, mais aussi une opportunité économique porteuse d’emplois et d’innovation.
Anticiper les conséquences de la transition énergétique
Avec l’ambition d’atteindre 40 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2030, le Sénégal accélère le déploiement des installations photovoltaïques sur l’ensemble du territoire. Mais cette dynamique s’accompagne d’un défi de taille : la gestion des panneaux solaires, batteries et onduleurs arrivant en fin de vie.
Lors de l’atelier national de partage, de validation et de clôture du processus de consultation, les différents intervenants ont insisté sur la nécessité d’anticiper dès aujourd’hui la montée en puissance des déchets solaires. Selon les estimations présentées, le Sénégal compte déjà près de 7 000 tonnes de déchets d’équipements solaires.
Ce volume pourrait atteindre 22 000 tonnes à l’horizon 2040, avant de grimper à près de 89 000 tonnes en 2050.
« Nous ne devons pas attendre que le problème soit visible pour le traiter », a souligné le représentant du ministère de l’Énergie et du Pétrole, rappelant que l’absence d’anticipation pourrait engendrer des coûts environnementaux, sanitaires et économiques considérables.
Une feuille de route pour structurer toute une filière
Portée par l’Agence nationale pour les énergies renouvelables (ANER), avec l’appui d’Enabel et de Wallonie-Bruxelles International, la feuille de route nationale vise à mettre en place un cadre structuré pour la gestion des déchets d’équipements solaires.
Le document prévoit notamment des orientations en matière de réglementation, de collecte, de transport, de traitement, de valorisation des déchets, de financement, de suivi-évaluation et de renforcement des capacités.
Le directeur général de l’ANER a rappelé que cette démarche est le fruit d’un vaste processus de concertation impliquant les administrations publiques, le secteur privé, les collectivités territoriales, les chercheurs, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de la société civile.
« La gestion des déchets solaires ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme une opportunité de développement », a-t-il affirmé.
Transformer les déchets en opportunités économiques
Au-delà de l’enjeu environnemental, les autorités sénégalaises entendent faire émerger une véritable filière industrielle autour du recyclage et de la valorisation des équipements solaires.
Les intervenants ont insisté sur le potentiel économique des matériaux contenus dans les panneaux photovoltaïques et les batteries usagées. Leur traitement pourrait favoriser la création d’entreprises spécialisées, l’émergence de nouveaux métiers techniques et le développement d’une économie circulaire nationale.
« Derrière chaque panneau en fin de vie, il y a des matériaux, de la valeur, des compétences à développer et une nouvelle chaîne de valeur à bâtir », a indiqué le représentant du ministère de l’Énergie.
Cette nouvelle filière devrait également contribuer à la création d’emplois qualifiés et au renforcement des compétences nationales dans les domaines du recyclage, de la maintenance et de la gestion environnementale.
Une coopération sénégalo-belge saluée
Les partenaires belges ont réaffirmé leur engagement à accompagner le Sénégal dans cette démarche. Le directeur d’Enabel au Sénégal a salué le leadership de l’État sénégalais et de l’ANER dans la conduite de cette réflexion stratégique.
De son côté, le délégué général de Wallonie-Bruxelles International a souligné que la transition vers les énergies vertes ne peut être pleinement réussie sans une gestion responsable des déchets qu’elles génèrent.
Il a rappelé que la Wallonie finance déjà plusieurs initiatives liées au climat et au développement durable au Sénégal et envisage de poursuivre son soutien, notamment dans le domaine plus large des déchets électroniques.
Par ailleurs, une mission de benchmarking organisée récemment en Belgique et en France a permis à des responsables sénégalais de s’inspirer des bonnes pratiques internationales en matière de gouvernance, de réglementation et de recyclage des équipements solaires.
Une nouvelle étape pour la transition énergétique
La validation de la feuille de route marque désormais le passage à une phase opérationnelle. Les prochaines étapes consisteront à mobiliser les ressources nécessaires, renforcer les capacités des acteurs concernés et mettre en place les mécanismes de gouvernance prévus.
Pour les autorités comme pour les partenaires techniques, la réussite de cette stratégie dépendra d’une implication collective de l’État, du secteur privé, des producteurs, des importateurs, des centres de recherche et des citoyens.
À travers cette initiative, le Sénégal entend démontrer qu’une transition énergétique durable ne se limite pas à la production d’énergie propre, mais intègre également la gestion responsable du cycle de vie des équipements qui la rendent possible.




