
À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, célébrée le 8 septembre, les acteurs du secteur ont appelé à la tenue d’assises nationales pour repenser la politique d’alphabétisation au Sénégal. Ils plaident pour une approche transversale faisant de l’alphabétisation un véritable levier d’employabilité, d’autonomisation et de développement.
La célébration de la Journée internationale de l’alphabétisation a été marquée par des échanges sur les défis du secteur, notamment autour de l’entrepreneuriat et de l’employabilité des jeunes.
Pour les organisations engagées dans l’alphabétisation et l’éducation, cette journée constitue avant tout un moment de réflexion, d’interpellation et d’engagement collectif. Elles estiment que le moment est venu de revoir en profondeur les politiques mises en œuvre dans ce domaine.
Des assises nationales pour repenser le secteur
Parmi les principales propositions formulées figure l’organisation d’assises nationales sur l’alphabétisation. Ces rencontres devraient permettre de définir une nouvelle politique, mais également de revoir les rôles des différents acteurs ainsi que les mécanismes de mise en œuvre des programmes.
L’objectif est de mieux adapter la politique d’alphabétisation aux ambitions du Sénégal, notamment dans la perspective de l’Agenda 2050.
« Nous avons insisté aujourd’hui sur la nécessité de tenir des assises nationales pour l’alphabétisation, pour mieux définir une nouvelle politique en matière d’alphabétisation », a expliqué une représentante d’une organisation active dans le secteur.
Un enjeu majeur pour les jeunes et les femmes
Les acteurs considèrent l’alphabétisation comme une condition essentielle pour renforcer l’employabilité et l’autonomisation des populations.
Pour eux, les politiques publiques en faveur des femmes, des jeunes, des agriculteurs ou encore des entrepreneurs ne peuvent être pleinement efficaces sans une prise en compte de l’alphabétisation.
« Les femmes que nous voulons autonomes, les cultivateurs que nous voulons rendre plus performants, les jeunes dans l’entreprise passent forcément par l’alphabétisation », a-t-elle souligné.
L’ambition est donc de repositionner l’alphabétisation dans la chaîne de transmission des savoirs, mais aussi dans les politiques de développement économique et social.
Décloisonner la politique d’alphabétisation
Autre revendication : donner à l’alphabétisation une dimension véritablement transversale.
Les acteurs souhaitent que plusieurs départements ministériels, notamment ceux chargés de la Femme, de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Environnement, intègrent systématiquement l’alphabétisation dans leurs stratégies et programmes.
« Tous ces ministères-là doivent travailler ensemble, en synergie, et intégrer l’alphabétisation dans leur stratégie de développement, dans leur politique sociale », a plaidé l’intervenante.
Cette approche permettrait, selon elle, de sortir d’une logique où l’alphabétisation est essentiellement portée par un seul ministère ou une seule direction. Le secteur gagnerait ainsi en visibilité et en importance stratégique, avec une intervention coordonnée de l’ensemble des acteurs publics.
Un taux d’alphabétisation toujours préoccupant
La question des performances du Sénégal en matière d’alphabétisation reste également au centre des préoccupations.
L’intervenante évoque un taux de 37,1 %, selon les dernières données citées au cours de l’entretien. Elle considère cette situation comme un défi majeur pour un pays qui ambitionne de renforcer sa souveraineté et son développement économique et social.
« Quand on parle de souveraineté, quand on parle de développement économique et social, cette population-là, il est important de revoir ce taux », a-t-elle déclaré.
Pour elle, l’État doit renforcer les programmes destinés aux personnes qui ne maîtrisent pas la lecture et l’écriture et se fixer des objectifs plus ambitieux pour réduire significativement le taux d’analphabétisme.
Des moyens financiers à la hauteur des ambitions
Au-delà des orientations politiques, les acteurs insistent sur la nécessité de mobiliser des ressources suffisantes.
L’éradication de l’analphabétisme, estiment-ils, nécessite des politiques « ambitieuses et audacieuses », accompagnées de moyens financiers conséquents.
La tenue d’assises nationales devrait ainsi permettre de faire le bilan des dispositifs existants, d’identifier leurs limites et de proposer une nouvelle stratégie.
Pour les acteurs du secteur, l’enjeu est désormais de faire de l’alphabétisation une priorité transversale de l’action publique et un outil essentiel pour favoriser l’insertion des jeunes, l’autonomisation des femmes et le développement des activités économiques.
Une réforme qui, selon eux, doit permettre au Sénégal de mieux répondre aux défis actuels et de préparer les prochaines générations aux exigences économiques et sociales de l’Agenda 2050.




