Droits humains : à Dakar, les défenseurs appellent à renforcer les alliances face aux menaces

Comment mieux protéger celles et ceux qui consacrent leur engagement à la défense des droits humains ? La question est au cœur d’un atelier régional ouvert à Dakar, réunissant des défenseurs des droits humains et des organisations de la société civile de plusieurs pays africains.

Des délégations venues notamment du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de la Gambie, du Mali, de la Mauritanie, du Maroc, du Niger, de la République démocratique du Congo, de l’Afrique du Sud, du Tchad et du Togo participent aux travaux. L’objectif est de partager les expériences et de renforcer les mécanismes de coopération et de protection face aux menaces qui affectent l’espace civique dans plusieurs pays du continent.

« Lorsqu’un défenseur est réduit au silence… »

À l’ouverture de la rencontre, Julien Ngane Ndour, directeur des droits humains au ministère sénégalais de la Justice, a insisté sur la nécessité d’une responsabilité collective dans la protection des défenseurs.

« Lorsqu’un défenseur est réduit au silence, ce n’est pas seulement une personne que l’on fait taire, c’est une partie de l’espace civique que l’on referme », a-t-il souligné.

Il a cité parmi les principaux défis les restrictions des libertés d’expression, de réunion et d’association, les menaces visant les journalistes et les défenseurs des droits humains, les poursuites judiciaires, les campagnes de désinformation, le harcèlement numérique ainsi que les violences visant particulièrement les femmes défenseures.

Pour le représentant du ministère de la Justice, ces enjeux nécessitent un renforcement du dialogue entre les pouvoirs publics et les organisations de la société civile.

Le Sénégal veut renforcer le dialogue avec la société civile

Dans cette perspective, plusieurs initiatives ont été présentées. Parmi elles figure l’instauration d’une journée annuelle de dialogue entre le ministère de la Justice et les organisations de la société civile engagées dans la promotion et la protection des droits humains.

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Cette rencontre doit se tenir chaque année le 21 octobre, à l’occasion de la Journée africaine des droits de l’homme.

« Nous ne voulons pas seulement nous écouter, nous voulons nous écouter, nous répondre et rendre compte de ce qui a été fait », a déclaré Julien Ngane Ndour, en insistant sur la nécessité d’associer le dialogue à des mécanismes de suivi des recommandations.

Il a également évoqué l’ouverture du Comité national de politique pénale à la société civile, avec la présence d’un représentant de celle-ci au sein de cet organe consultatif.

L’objectif affiché est de mieux intégrer l’expertise de terrain et les préoccupations des citoyens dans les réflexions consacrées à la politique pénale.

La société civile est également appelée à participer à l’élaboration de la stratégie nationale sur les droits humains et le droit international humanitaire, ainsi qu’aux processus liés aux mécanismes régionaux et internationaux de protection des droits humains.

« L’État a la responsabilité de décider, mais il gagne à écouter avant de décider », a résumé Julien Ngane Ndour.

« Lorsque les défis deviennent régionaux, nos réponses doivent également le devenir »

Du côté de la société civile, l’accent est mis sur la nécessité de dépasser les réponses strictement nationales.

Le coordonnateur pays d’Avocats sans Frontières Canada – Bureau Sénégal, Mohamed Fadiga, a rappelé que le projet RECI, mis en œuvre sur trois ans, de 2024 à 2027 avec l’appui d’Affaires mondiales Canada, a déjà permis de former et de sensibiliser plusieurs centaines de personnes sur l’espace civique, les droits humains, la protection et l’accès à la justice.

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Le projet a également contribué au renforcement des capacités en matière de sécurité numérique et à l’accompagnement d’organisations de la société civile dans leurs actions de plaidoyer.

Mais pour Mohamed Fadiga, l’enjeu dépasse les formations et les dispositifs techniques. Il concerne également les personnes qui prennent quotidiennement des risques pour défendre les droits des autres.

« L’espace civique reste fragile et sa protection est une responsabilité collective », a-t-il relevé, évoquant les arrestations, détentions et poursuites visant, selon lui, des défenseurs des droits humains, des journalistes et des acteurs de la société civile dans plusieurs pays africains.

Il appelle ainsi à renforcer les liens entre organisations afin de faciliter le partage d’informations, l’accès à l’expertise et la réaction rapide en cas de menace.

« Renforcer les alliances, ce n’est pas seulement signer des partenariats. C’est savoir qui appeler lorsqu’un défenseur ou une défenseuse est menacé. C’est savoir où trouver une expertise. C’est pouvoir partager rapidement une information. C’est surtout savoir que l’on n’est pas seul », a-t-il expliqué.

Vers un réseau africain plus coordonné

Les travaux prennent une dimension particulière à l’approche de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, prévue à Dakar du 12 au 21 octobre 2026.

Les participants souhaitent notamment identifier des recommandations concrètes susceptibles d’être portées auprès des mécanismes africains de protection des droits humains.

Pour Hannah Foster, directrice exécutive du Centre africain pour la démocratie et les études des droits de l’homme, l’un des principaux défis reste la fragmentation des organisations de la société civile.

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Elle a appelé les différents réseaux à renforcer leur coopération et à éviter de fonctionner comme des structures isolées. Le partage d’informations et la mutualisation des efforts doivent, selon elle, permettre à la société civile africaine de mieux faire entendre ses préoccupations auprès des institutions régionales.

Elle a également insisté sur l’importance de fonder les interventions sur des informations vérifiées et documentées et de placer les victimes au centre des actions de défense des droits humains.

Des menaces qui dépassent les frontières

Au fil des échanges, un constat commun s’est dégagé : les menaces auxquelles sont confrontés les défenseurs des droits humains prennent de plus en plus une dimension régionale.

Désinformation, violences en ligne, surveillance numérique, restrictions des libertés publiques et poursuites contre des acteurs de la société civile peuvent se reproduire et circuler au-delà des frontières nationales.

Les participants plaident ainsi pour le renforcement des mécanismes d’alerte, la mutualisation des outils de sécurité, le développement de la coopération transfrontalière et la création de réseaux capables de réagir rapidement lorsqu’un défenseur est menacé.

« À des menaces qui se régionalisent, nous devons proposer une solidarité qui se régionalise », a résumé Julien Ngane Ndour.

L’ambition affichée au terme de l’atelier est de repartir de Dakar avec des mécanismes d’alerte renforcés, des outils mutualisés, des pistes de coopération transfrontalière et un plan d’action régional.

Une démarche résumée par une dernière formule du responsable du ministère de la Justice : « Écoutons-nous, allions-nous et agissons. Parce que défendre les défenseurs, c’est défendre la démocratie. »

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